POUR UNE RUPTURE AVEC TOUT SYSTEME D’OPPRESSION ET D’OBSCURANTISME
Le caractère populaire du mouvement qui a toujours porté l’Algérie à couvrir les étapes de son histoire constitue la base même en dehors de laquelle aucune action d’envergure, aucun sursaut émancipateur durable, aucun progrès collectif ne peuvent s’expliquer objectivement.
En effet, dès les débuts de l’invasion coloniale au XX siècle ce qui frappe le plus, ce fut l’engagement massif des couches les plus profondes du peuple, notamment dans les campagnes, en un mouvement de résistance qui allait se prolonger durant des décennies, révélant, à travers des fortunes diverses, une remarquable continuité historique.
I/ IMPACTS IDEOLOGIQUES DE LA REVOLUTION DU 1er NOVEMBRE 1954
1°) RAPPEL HISTORIQUE
La lutte patriotique qui s’est déroulée en Algérie pendant 130 ans environ face à l’occupation étrangère, se manifestait à travers toutes les formes possibles d’action et avec un soubassement plus ou moins précis de couche sociale et de sens national libérateur, mais selon la même constante visant à sauvegarder la société, son patrimoine foncier, ses acquis historiques et son être collectif.
Première guerre d’indépendance organisée dans le cadre d’un Etat et sous le commandement de l’émir Abd elkader contre les envahisseurs français, de 1832 à 1948; révoltes et soulèvement régionaux de grande amplitude se succédant jusqu’en 1882 ( révoltes d’el Mokrani, lala fatma N’Soumer , sidi cheikhes, cheikh Ahadad .., cheikh Bouamama, etc … ) et d’une façon beaucoup plus restreinte, jusque dans les débuts du XX siècles , résistance aux séquestres et vols massifs de terres au profit des colons; efforts de récupération acharnés, et parfois réussis, de fonds agraires appartenant à de larges collectivités paysannes spoliées et refoulées, combat politique nationaliste structuré apparu dans les années 1920 et ne cessant d’affirmer, dès lors, une dominante populaire et la revendication pleine et entière de la personnalité algérienne et de l’indépendance du pays, et refus opiniâtre opposé par lui à l’assimilation organique à la nation française, édictée avec la complicité de la bourgeoisie libérale; évènement du 8 Mai 1945 ayant entraîné de la part des colonialistes les massacres effroyables que l’on sait, ce qui allait déterminer les patriotes à choisir, plus tard, les moyens radicaux de lutte armée, déclenchement de la guerre de libération enfin, mobilisant à partir du 1er novembre 1954 et de manière progressive, les forces militantes d’avant garde, les paysans et la nation dans son ensemble pour les engager dans la voie d’une véritable révolution tout cela exprimait la volonté du peuple algérien d’abolir un passé de mépris de la personne humaine et de droit des gens, d’obscurantisme et d’assujettissement à l’occupant étranger.
2/ IMPACTS IDEOLOGIQUES DE LA REVOLUTION DU 1 er NOVEMBRE 1954
Cette volonté de devenir national et de rupture violente avec le système colonialiste n’a cessé d’animer, la révolution dans les prolongements insoupçonnées et la vigueur accrue, au fur et à mesure qu’une guerre de génocide et de dévastation multipliait les massacres et accumulait les ruines, ont du même coup transformé profondément la société algérienne, les structures mentales des masses populaires, et le contenu qualitatif de leurs acquis.
La révolution du 1er novembre 1954 a sauvé par l’action, directe et le recours aux masses opprimées, le courant le plus dynamique du nationalisme populaire algérien. Les divers paliers de la prise de conscience liée au déroulement de la guerre de libération ( ALN) entre 1954 et 1962, se situent en amont et en aval d’impacts révolutionnaires décisifs par lesquels l’Algérie militante rompait irrévocablement avec l’existence des partis politiques attentistes devenus inopérants dans la dernière décennie de 1ére coloniale, avec les utopies du libéralisme bourgeois, la démagogie sectaire, le goût du compromis, les incertitudes, illusions et velléités quand au choix des voies et moyens propres à assurer pour toujours l’édification du pays et son indépendance nationale sur des bases conformes à la justice sociale, au progrès économique et culturel et à la souveraineté inaliénable du future Etat Algérien.
A ces impacts idéologiques internes, il convient d’ajouter ceux qui déterminèrent, au moment de la lutte armée, de grandes répercussions dans le monde entier, répercussions grâce auxquelles la révolution algérienne allait contribuer indirectement à hâter l’accession à l’indépendance du Maghreb et du reste de l’Afrique, à renforcer le courant anti-impérialiste chez les peuples arabes et à déterminer, partout ailleurs, une appréciation plus juste des problèmes de l’oppression colonialiste et de la décolonisation.
Dès les débuts de la guerre de libération, l’idée de l’instauration d’une société nouvelle au profit des masses populaires gagnait du terrain et s’approfondissait au fur et à mesure de l’expérience acquise. La radicalisation de la lutte armée, les sacrifices énormes qui furent consentis ( 1 million et demi de martyrs, en l’occurrence ) pour le triomphe de la cause nationale, la fusion complète pendant sept ans et demi entre le FLN et L’ALN, les petits salariés et artisans et les paysans pauvres engagés dans le combat, ont contribué à approfondir davantage le contenu démocratique et populaire du future Etat Algérien et à affermir la volonté de tout mettre en oeuvre, plus tard, afin que le développement du pays ne serve pas à enrichir une minorité d’affairistes et de privilégiés, mais puisse se réaliser, au contraire, au profit des masses populaires.
Toutefois, malgré les immenses progrès réalisés par l’Algérie dans tous les domaines qui sont considérés d’une façon générale comme un défi au sous-développement, il reste cependant beaucoup à faire en vue d’un développement harmonieux économique social et culturel. Mais cela ne pourra se réaliser que par un Islam vivant.
II/ L’ISLAM, FERMENT A LA FOIS DE VIE INTERIEURE ET D’ACTION LIBERATRICE
1/ L’ISLAM EST L’UN DES REMPARTS LES PLUS PUISSANTS DE NOTRE PERSONNALITE HISTORIQUE
Partie intégrante de notre personnalité historique l’Islam se révéla l’un de ses remparts les plus puissants contre toutes les entreprises de dépersonnalisation. C’est dans un Islam militant, austère, où par le sens de la justice et de l’égalité, que le peuple algérien s’est retranché aux pires heures de la domination coloniale et qu’il a puisé cette énergie morale, cette spiritualité qui l’ont préservé du désespoir et lui ont permis de vaincre.
La révolution algérienne pour le bien être de tous entre, dans la perspective historique de l’Islam. L’Islam, dans son esprit bien compris, n’est lié à aucun intérêt particulier, à aucun clergé spécifique, ni à aucun pouvoir temporel. Ni le féodalisme sous tous ses formes, ni le capitalisme ne peuvent le revendiquer ou s’en prévaloir. L’Islam a apporté au monde une conception très élevée de la dignité humaine qui condamne le racisme, le chauvinisme, l’exploitation de l’homme par l’homme … son égalitarisme foncier peut trouver une expression adaptée à chaque époque.
Il appartient donc aux peuples musulmans dont le destin aujourd’hui, se confond avec celui du tiers Monde de prendre conscience des acquis positifs de leur patrimoine culturel et spirituel, de le réassimiler à la lumière des valeurs et des mutations de la vie contemporaire. C’est dire que toute entreprise qui se fixe, aujourd’hui, pour objectif une reconstruction de la pensée musulmane doit, pour être crédible, renvoyer obligatoirement à une entreprise beaucoup plus vaste : la refonte totale de la société. Unis, tous les hommes de foi peuvent faire émarger la seule force irrésistible : celle de Dieu présent dans l’histoire.
2/ RESOUDRE LES PROBLEMES DE NOTRE TEMPS
C’est seulement à partir de cette réactivation de la spiritualité islamique, de cet » Ijtihad », de cette renaissance de la pensée critique et vivante, de cette lecture du Saint Coran comme une interpellation toujours nouvelle et toujours actuelle, de cet effort fraternel et confiant pour comprendre les non musulmans, que nous pourrons, en alliance avec tous ceux qui aiment l’avenir, résoudre les problèmes de notre temps, et réanimer l’espérance.
Ces problèmes majeurs sont au nombre de trois :
- a) Maîtriser les sciences et les techniques pour les mettre au service de la libération et de l’épanouissement de l’homme et non de son asservissement et de sa destruction.
- b) Orienter la croissance économique qui est, en occident et dans le monde qu’il domine, une croissance aveugle, sans finalité humaine, et nous orienter vers un modèle de développement qui donne à chaque être humain les moyens de déployer toutes les possibilités que Dieu lui a accordées.
- c) Réaliser une révolution culturelle profonde qui donne à la culture sa véritable mission: non plus nous acheminer, par le positivisme athée et l’individualisme vers le désespoir, mais faire prendre conscience des fins et du sens de la vie et de l’histoire et opérer une mutation radicale du système actuel de communication afin que les » médias » ( presse, radio, télévision, cinéma, édition) ne sélectionnent plus les » faits » selon les critères commerciaux ou politiques de la violence, du sexe, du » sensationnel » mais aident à découvrir, dans notre histoire présente, les » signes » de Dieu révélant le sens de ce qui est entrain de mettre et de se développer.
Pour être le levain du monde nouveau, il faut le pénétrer tout entier. Le Coran, aujourd’hui comme au VII siècles, s’il n’est par lu avec les yeux des morts, peut redonner une âme nouvelle à des civilisations en voie de désintégration spirituelle, comme l’étaient autrefois Byzance et la Perse, comme l’est aujourd’hui l’Occident dans sa version américaine comme dans sa version soviétique.
Seul, personne ne peut rien, Unis on peut tout faire…