Cheikh Tahar Badaoui – الشيخ الطاهر بدوي

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نفع الخلق والدفاع عن الحق بالحق

Événement

PARMI LES NOBLES RESULTATS DE L’HEGIRE

  1. Vers une fraternité fondée sur la foi

Le pèlerinage annuel de la Ka’bah draina à la Mecque des Arabes de tous les points de la péninsule. Le Prophète Mohamed Salut Divin Sur Lui – chercha alors à persuader une tribu quelconque de lui donner asile chez elle et de lui permettre sa mission de réforme. Les quinze contingents de tribus, qu’il visita l’un après l’autre, refusèrent tous, plus ou moins brutalement. Il ne se désespéra point ; en dernier lieu, il rencontra une demi douzaine de médinois. Voisins de juifs et des Chrétiens, ils avaient la notion des Prophètes et des Messages révélés ; ils savaient aussi, que « ces peuples des Livres célestes » attendaient la venue d’un Prophète, d’un dernier Consolateur. Ils voulurent donc ne pas perdre l’occasion de devancer les autres : ils ajoutèrent aussitôt foi au Prophète et lui promirent de trouver à Médine d’autres adhérents à la nouvelle cause et un appui sans moindre importance.

L’année suivante, une douzaine de médinois prêtèrent au Prophète serment de fidélité et lui demandèrent un missionnaire enseignant. Le Prophète désigna aussitôt un de Ses compagnons dévoués Mus’ab pour initier les citoyens de Médine à la nouvelle religion. L’activité de cet émissaire du Prophète, que Dieu agrée son âme, fût couronnée d’un succès éclatant, si bien, qu’il conduisit l’année d’après, un contingent de soixante treize nouveaux convertis, à la Mecque, lors du pèlerinage. Ceux-ci invitèrent le Prophète ainsi que les autres Musulmans Mecquois à immigrer en leur ville, promettant de les protéger et de les traiter comme les membres de leurs propres familles.

Après l’émigration du Prophète à Médine, cette ville sacrée, connut l’instauration d’un nouveau climat, climat d’amour et de fraternité sans discrimination aucune entre les différentes ethnies qui s’y trouvèrent. En effet, pour mieux intégrer les « Mouhadjirine » le Prophète Salut Divin Sur Lui, les unissa par une sorte de pacte de fraternité, à un nombre égal de Médinois.

Quiconque médite sur cette amitié fraternelle entre Mouhadjirine (émigrés) et Ançar     (résidents de Médine), qui ne peut être le fait d’une action humaine, mais plutôt de celui guidé par la Grâce de Dieu et Sa Miséricorde, comprendra aisément comment ces gens ont pu triompher de tous leurs ennemis païens, chrétiens et juifs, malgré leur nombre réduit et l’insuffisance de leurs moyens. Ainsi les Ançars se furent dévoués corps et âme à leurs frères les Mouhadjirine.

C’est ainsi que le Saint Coran relate cet événement solennel de fraternité en ces termes élogieux que voici : « Le butin revient également aux émigrés, ceux qui furent expulsés de leurs foyers et dépouillés de leurs biens, cependant qu’ils quêtaient la grâce et l’amour de Dieu en combattant pour la cause de Dieu et en portant secours son Messager. Ceux là sont les vrais croyants. Le butin est aussi pour ceux qui, établis dans leurs foyers et aussi dans la vrai foi, accueillent avec effusion ceux qui cherchent un asile auprès d’eux, n’éprouvent nulle envie, pour ce qui est octroyé à ces émigrés, et n’hésitent pas à s’en priver en leur faveur, fussent-ils eux-mêmes dans le besoin. Ceux qui se gardent ainsi de l’avarice seront en vérité, les bien heureux » (Sourate Exode verset 8-9).

Il est vain de chercher à démontrer par la plume, la supériorité de cette fraternité quant à sa noblesse et sa pureté à la fraternité tribale ou raciale. Cette fraternité reposant sur l’entraide et la justice faisait d’eux , comme nous l’avons souligné dans les développements précédents, des héritiers l’un de l’autre  passant avant même les proches parents, jusqu’au moment où une disposition coranique vient annuler cet aspect de la succession, à savoir : « Les liens de consanguinité auront désormais selon le Livre de Dieu , priorité , en cas de succession , sur ceux unissant les croyants de Médine aux émigrés de la Mecque; tout au plus pourront-ils disposer bénévolement d’une partie de leurs biens en faveur de leurs affiliés. Ainsi en décide formellement l’Ecriture »   (Sourate les Coalisés verset 6).

Le Prophète Mohammed, Salut divin Sur Lui, décida ensuite que le développement total de l’homme serait mieux atteint, si l’on coordonnait la religion et la politique, comme deux éléments d’un seul tout. Il appela alors les représentants des musulmans, ainsi que ceux des non musulmans de la région : Arabes, juifs, chrétiens et autres, leur suggéra la création d’une cité état à Médine. D’accord avec eux, il la dota d’une constitution écrite, la première de ce genre, dans le monde ou l’on définit les devoirs et droits des citoyens d’une part et les relations du chef de l’Etat avec l’ensemble de la Communauté d’autre part.

  1. C) Des premiers fondements de l’Etat islamique

α – Pourquoi une constitution ??

L’Islam bouleversera les structures de la société antéislamique. Il affaiblit les relations familiales établies précédemment sur les liens du sang et édifia une Communauté guidée par un nouveau critère : la foi. L’analyse schématique des rouages institutionnels du clan mettra en relief la révolution opérée en ce domaine.

En effet, le chef de famille était le personnage central du clan. Autour de lui gravitaient tous les autres membres liés par la parenté. Leurs maisons ou leurs tentes étaient disposées selon un ordre de préséance défini par le degré de parenté.

Le clan exerçait son autorité sur un territoire déterminé qui devenait une classe gardée. A proximité, mais en dehors des limites territoriales, vivaient les étrangers. On en notait trois catégories : les mawlâ ou clients, les halifs et les jars (voisins) liés au clan par un pacte d’alliance temporaire. Ces trois groupes sociaux bénéficiaient de la protection du clan sans en avoir pour autant les mêmes droits.

Au-dessus du clan une assemblée (le malâ) regroupait les chefs. Elle n’avait aucun pouvoir exécutif. Chaque clan gardait son indépendance, contestant tout pouvoir à des lois supérieures aux siennes. Les qorayshites étaient divisés, quant à eux, en dix grandes familles complètement autonomes les unes des autres qui entretenaient des relations de bon voisinage et se partageaient certaines fonctions inhérentes à la bonne marche de la cité mekkoise.

Sans la protection d’un clan, l’individu était totalement désemparé. Le Prophète Mohammed -Salut Divin Sur Lui- vécut cette situation avant d’émigrer à Médine où il établit en l’an I de l’Hégire (623 J C), un acte écrit, divisé en articles qui régissait la vie de la communauté musulmane en pleine évolution, en y incluant les tribus juives de la ville. En ce qui concerne ces tribus, la démarche du Prophète s’inscrivait dans le cadre de cette orientation coranique : « Dis : « O gens des Ecritures, convenons les uns et les autres de ce point commun entre nous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, sans lui adjoindre d’associé, de ne pas nous prendre les uns et les autres pour divinités, en dehors de Dieu . S’ils se détournent dites leur Soyez témoins qu’à Dieu seul, nous nous soumettons ». (Sourate Famille dite « de ‘Imrān » Verset 64).

Ce traité qui pose les premiers fondements de l’Etat islamique se caractérisait par un esprit libéral et par une tolérance exemplaire. C’est donc la première Constitution écrite du monde, une Constitution qui consacrait l’aide mutuelle et fraternelle entre les membres de la Communauté.