Cheikh Tahar Badaoui – الشيخ الطاهر بدوي

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PAR LA ZAKÂT SUR LES BIENS, UN EQUILIBRE SOCIAL SANS EGAL !!!

PAR LA ZAKÂT SUR LES BIENS, UN EQUILIBRE SOCIAL SANS EGAL !!!

La Zakât est un droit sacré et non pas une aumône, au sens commun du terme. Elle revêt dans la philosophie islamique un caractère moral et impératif. C’est également un rite, un acte cultuel qui évoque l’idée de purification physique et spirituelle, comme l’explique avec éloquence le Saint Coran dans les Versets 103 et 104 de la Sourate dite : « Le Repentir »: « Prélève de leurs biens une aumône (la Zakât), par laquelle Tu les purifie et les bénis et prie pour eux. Tes prières leur sont apaisement. Allah est Audient, Omniscient. Ne savent-ils pas que Allah, Seul accepte le repentir de Ses fidèles et accueille leurs aumônes ? Dieu Est l’enclin au repentir, le Miséricordieux ».

Par ces Versets coraniques, notre Seigneur, Gloire et Pureté à Lui Seul, demande à notre Prophète Mohammed Salut Divin Sur Lui, de prélever une quote-part sur les biens des musulmans en général et notamment, ceux qui ont reconnu leurs péchés, comme l’entendent certains exégètes avertis. Il y a également ici, incitation du Seigneur le Compatissant, au repentir et à l’aumône, du fait que l’un et l’autre dissipent les péchés et les anéantissent. Notre Prophète, à son tour, illustre cet acte cultuel en ces termes : « Dieu accepte l’aumône. Il la prend de la Main Droite et la cultive, comme le ferait l’un d’entre vous, en entretenant sa jument ».

Ceci implique que tout appartient au Maître des Mondes, Gloire à Lui Seul, Il attribue à Ses créatures des biens pour subvenir à leurs besoins, sans omettre, bien entendu, d’en prélever une quote-part, au profit des nécessiteux et des ayants droit d’une manière générale. Ainsi, l’homme dans tout cela, n’est qu’un simple gérant auquel le Seigneur a confié la tâche de Le représenter ici-bas, par tout ce qui est louable. En prélevant sur ses biens l’allocation réservée à qui de droit, le croyant lucide ne fait que retourner au Seigneur une infime fraction des richesses que Dieu lui a données.

Par ailleurs, le donateur dépouillerait la Zakât de tout sentiment de générosité, si, oubliant son essence religieuse, il la transformerait en un simple geste mécanique, sans en déceler ses véritables motivations spirituelles et humanitaires. Son utilisation en vue d’assister particulièrement ceux qui sont dans le besoin, de relever un tant soit peu, leur condition matérielle, ne serait-ce que pendant un temps très court, ne fournit à cet acte de piété, toute sa dimension que si la spiritualité l’emporte sur les considérations matérielles, la fraternité sur l’égoïsme et l’esprit communautaire sur l’individualisme.

Ainsi, une telle aumône, bénévole soit-elle ou obligatoire, purifie les fidèles généreux de toute souillure provenante de l’avarice, l’hypocrisie, la bassesse et la sévérité envers les pauvres et les misérables démunis. Elle les rend, par conséquent, plus nobles et plus vertueux par la pureté de l’âme qu’elle leur procure, les protège, par l’abondance des bienfaits qu’elle engendre, des aléas de la vie, leur accorde une sorte d’immunité contre les vicissitudes du temps et leur assure dans l’Au-delà, l’agrément du Seigneur.

La Zakât (impôt cultuel, obligatoire), qui se présente comme l’un des cinq piliers fondamentaux de l’Islam, reste liée à la Prière, eu égard à l’importance qu’elle revêt et aux effets bénéfiques qu’elle entraîne, dans quatre vingt deux Versets coraniques. Elle est érigée, d’ailleurs à juste titre, aussi bien par les instructions coraniques immuables que par les injonctions prophétiques et, à l’unanimité de toute la communauté musulmane, en un acte cultuel, curatif et régulateur pour les personnes et les biens.

En effet, la Zakât, prescrite en l’an II de l’Hégire, est obligatoire pour toutes les personnes aisées, lesquelles doivent prélever sur leur surplus, soit en argent liquide ou en nature (céréales, bestiaux, valeurs commerciales) un pourcentage,  déterminé d’ailleurs et pour chaque espèce,  par les instructions du Prophète Salut Divin Sur Lui et ce, une fois que s’écoule chaque année pour toutes les valeurs à l’exception  des céréales, dont l’opération s’effectue à chaque récolte comme le précise le Saint Coran dans la Sourate dite : « Les Bestiaux » ou dite « Al-An’ām » (Verset 141) : « C’est Lui qui a créé les jardins, treillagés et non treillagés ; ainsi que les palmiers et la culture aux récoltes diverses ; (de même que) l’olive et la grenade, d’espèces semblables et différentes. Mangez de leurs fruits, quand ils en produisent ; et acquittez-en les droits (la Zakât), le jour de leur récolte respective. Et ne gaspillez point, car Il n’aime pas les gaspilleurs. ».

Avec cet acte d’adoration en l’occurrence la Zakât, l’Islam, religion de paix, de tolérance et du juste milieu, a su joindre l’utile à l’agréable, en protégeant les riches des méfaits de la domination servile de l’argent qui, en s’accumulant entre les mains d’une minorité, risque de provoquer des déséquilibres socio-économiques, de créer des frustrations dans le monde des déshérités et par suite, une anarchie généralisée, aux conséquences irrémédiables.

Le système de la Zakât protège donc, le citoyen dans sa liberté et son droit au travail et au gain licite et préserve du même coup, à la société, ses droits à la solidarité et à la contribution du citoyen aisé. Ainsi, se trouve consacré, le principe islamique fondamental en matière d’économie, qui consiste en ce que le citoyen s’acquitte de ses devoirs envers sa société et jouit de ses droits, de même que celle-ci, à son égard.

Durant sa période mecquoise et une partie de sa période médinoise, le Saint Coran ne cessait d’inciter les croyants à dépenser au service de Dieu (pour venir en aide aux nécessiteux et contribuer aux œuvres d’utilité publique), sans leur en préciser les modalités. Il se contenta de faire appel à leur foi et à leurs sentiments de croyants sensibles à la fraternité et à l’entraide. Par deux fois, les croyants demandèrent au Prophète, Salut Divin Sur Lui, ce qu’ils doivent dépenser, et par deux fois, le Saint Coran se contenta seulement de les inviter à être charitables et généreux, sans pour autant leur préciser, envers quelle frange sociale, faudrait-il destiner cet impôt, ni la quote-part à prélever sur leurs biens.

Le Saint Coran relate cette évolution par deux Versets de la Sourate dite « La Vache » ou «Al Baqarah» que voici : « Ils T’interrogent : « que doit-on dépenser (en charité) ? » Dis : « L’excédent de vos biens.»  (Verset 219). « Et ils T’interrogent : « qu’est ce qu’on doit dépenser ? » Dis : « Ce que vous dépensez de biens, devrait être pour les père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres et le voyageur dans le besoin. Et tout ce que vous faites de bien, vraiment Dieu le sait.» (Verset 215). Le Saint Coran continua ainsi à inciter les croyants aux dépenses, sans préciser le mode ni la quantité, jusqu’au jour où ceux-ci s’installèrent à Médine et où ils constituèrent une communauté homogène, ayant sa propre vision des choses et ses propres objectifs à atteindre.

D’ores et déjà, la communauté se trouva prête psychologiquement à la prescription de la Zakât en tant qu’institution impérative. Et c’est ainsi que le Messager de Dieu détailla cet élément de la foi sur le plan structurel et restrictif, de façon à préserver les intérêts du citoyen et de la communauté.

La Zakât devint alors, un des fondements de la Religion et l’une de ses principales obligations. Elle fût comparée de par son importance, à la Prière et au Témoignage de l’Unicité divine et fût considérée par le Saint Coran comme le troisième critère d’entrée en Islam et l’une des conditions de la fraternité entre les croyants.

En effet, dans la Sourate dite « Le Repentir » ou « At tawbah », le Verset 5 énonce : « Si, ensuite ils (à propos des mécréants), se repentent, accomplissant la Prière et acquittant la Zakât ; alors, laissez leur la voie libre, car Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. » Le Verset 11 de la même Sourate ajoute quelques précisions : « Mais s’ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent la Zakât, ils deviendront alors, vos frères en religion ».

D’ailleurs, c’est dans cette optique qu’il faudrait situer la recommandation de notre Vénéré Prophète, Salut Divin Sur Lui, à son noble compagnon de lutte Mo’adh Ibn Djabel, que Dieu agrée son âme, lorsqu’Il l’envoya en qualité de gouverneur au Yémen. « Tu vas, lui dit –il, vers un peuple faisant partie des gens du Livre. Appelle-les au Témoignage de l’Unicité divine, s’ils acceptent, dis leur que Dieu leur a prescrit une quote-part, que leurs riches et personnes aisées doivent prélever sur leurs biens, au profit des pauvres parmi eux ; s’ils acceptent, laisse- leur la jouissance de leurs biens et évite d’en prendre les mieux côtés. Prend garde des invocations de l’opprimé, car Dieu les accueille sans un moindre voile. ».

En outre, le Verset 71 de la Sourate dite « Le Repentir » ou « At tawbah » stipule : « Les croyants, hommes et femmes sont solidaires les uns des autres, ils encouragent au bien et déconseillent le mal. Ils sont assidus à la Prière, acquittent la Zakât et obéissent à Dieu et à Son Messager, Dieu les accueillera dans le sein de Sa Miséricorde». Ceci signifie que la communauté bénie par Dieu et comblée par Sa Miséricorde, est la communauté qui met en valeur ses convictions profondes vis-à-vis de la Divinité Suprême ; une communauté dont les membres sont solidaires les uns des autres, tels un corps indivisible, par la piété, l’amour, le respect de l’autre, le sacrifice et l’entraide. Oui, une communauté qui ne cesse de prêcher le bien et d’interdire le mal ; elle entretient avec son Seigneur des liens vertueux d’adoration et de soumission, grâce à l’accomplissement assidu de la Prière et à l’exécution de la Zakât.

Une telle communauté, est non seulement admise parmi les élus du Seigneur dans l’Au-delà, mais également, d’ici-bas. Elle jouit, en effet, de la part du Tout Puissant, d’un bienfait sans égal à savoir : vivre sur terre en consolidée, noble et puissante, honorée et respectée par tous ; une communauté à laquelle le Saint Coran rend hommage en ces termes : « Allah, prend la défense de ceux qui croient. Allah n’aime guère tout traître et ingrat. » (Verset 8 de la Sourate dite « Le Pèlerinage » ou dite « Al hadj ». Plus loin, le Verset 41 précise : « Ceux qui, si en leur donnant puissance sur terre, accomplissent la Prière, acquittent la Zakât, ordonnent le convenable, et interdisent le blâmable. Cependant, c’est à Allah que revient la finalité des choses ».

De même, notre Vénéré Prophète Salut Divin Sur Lui, rapporte-on de sources authentiques, a dit d’après Ibn Kebcha El Anmâry : « Je jure par trois vérités ; je vous en parle pour les apprendre à savoir : jamais une somme d’argent n’a été diminuée par l’aumône, tout individu, accueillant une quelconque injustice avec endurance, Dieu lui offrira noblesse en récompense, et tout individu tendant sa main pour s’enrichir de la mendicité, Dieu lui ouvrira une issue vers la pauvreté. ». Cette injonction prophétique met en évidence que la mendicité se présente comme un fléau social, autant que le sont la thésaurisation et l’accumulation démesurée du capital, au détriment de l’investissement et de l’épargne. On ne peut guère s’enrichir par la mendicité, ni promouvoir le développement d’un pays par une politique de consommation ni par les mentalités dégradantes du hasard et du laissez aller.